aux mots doux
aux mots douxJe crois que je t’ai attaquée
faute de voir
la main
au bout de la ficelle.
Je me débattais dans les fils,
convaincue d’agir seule,
sans comprendre
qui serrait les nœuds.
Mon passé respirait encore
dans mes gestes,
dans mes pensées,
comme une maison
que l’on croit quittée
mais qui continue
de nous habiter.
Je t’ai haïe
sans te regarder vraiment.
Je répétais des gestes anciens,
des réflexes appris,
un langage transmis
sans mode d’emploi.
Ma mère te fuyait.
Face à toi,
elle mesurait son reflet :
la beauté,
les réussites,
la place occupée
dans la lumière.
De cette comparaison
est né un poison lent,
une sève noire
passée de corps en corps,
jusqu’à nous,
jusqu’aux enfants.
J’avais un morceau de vérité
dans la main,
mais pas la carte entière.
Alors je me suis rangée
du côté de ma mère,
parce que je porte
le poison de l’intérieur,
celui qui ronge en silence
et ne se voit pas.
Et toi,
tu portes celui du paraître,
l’armure brillante,
l’image dressée plus haut
que la chair.
Mais ce mécanisme
ne vient pas du réel.
Il vient d’avant.
D’une lignée
qui a confondu valeur
et façade.
Celui du paraître
est lui aussi enfermé,
pris dans sa propre cage,
dorée
mais verrouillée.
Et moi,
je regarde ma mère
tourner dans la nôtre,
les mains vides,
ayant perdu
les clés.
Je comprends maintenant :
je me suis attaquée
à la mauvaise personne.
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